VENT

Faunie




Je regarde le vent agiter les brins d’herbe. Je regarde le vent. C’est un peu drôle et aussi un peu fou, de dire ça. Je devrais plutôt dire : je regarde les brins d’herbe agités par le vent. Mais non, j’ai envie de dire : je regarde le vent. Je ne peux pas le voir… Je le sens, Je l’entends, Mais je ne le vois pas. Mais même encore devrais-je dire que ce que je sens, c’est l’effet qu’il laisse sur ma peau. Ce que j’entends, c’est la manière dont il fait chanter tout ce qu’il frôle et traverse. Tout ce que je perçois du vent est son contact avec ma réalité tangible, La manière dont il meut la matière. Ce brin d’herbe mouvant, qui sans le vent semblerait sans vie car sans mouvement. Comment nous paraîtrait le monde si tout était perpétuellement immobile? Le vent est ma preuve secrète que l’invisible existe. Et je me demande, combien d’autres courants nous parcourent, nous agitent parfois, nous animent souvent, qu’on ne peut voir, nous qui avons mis nos yeux au centre du pouvoir, qu’on ne peut voir mais qu’on peut deviner, peut-être même sentir comme ils nous frissonnent, peut-être même entendre comme ils nous font chanter, qu’on ne peut voir mais qui pourtant existent, peut-être ? Et en ce moment-même, quel vent nous meut et nous émeut ? Quelle bourrasque commune nous traverse, Brins d’herbe que nous sommes, Collectif d’humains immobilisés ? Et plus sensibles alors, peut-être, à cet invisible qui nous travaille. Quel souffle nous murmure, entre nos quatre murs ? Ça mitige, ni figue, ni raison, mi-fugue, mi-muage...



Mathildi 14 IV 2020

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